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Sauvons les dauphins

Information sur les cétacés des côtes françaises

ES-01Espèces et échouages

Dauphins échoués dans le golfe de Gascogne : les causes

Chaque hiver depuis une dizaine d'années, des centaines de dauphins communs sont retrouvés morts sur le littoral atlantique, entre le sud de la Bretagne et la côte basque. La saison, les espèces concernées et les traces relevées sur les corps désignent une cause dominante : la capture accidentelle par des engins de pêche.

Fiche relue le 20/08/2026

Une saison, pas une année

Les échouages de petits cétacés sur la façade atlantique ne se répartissent pas au fil de l'année : ils se concentrent entre décembre et mars, avec un maximum presque systématique en février. Le reste de l'année, le nombre d'animaux retrouvés revient à un niveau bas et régulier, comparable à ce que produit une mortalité naturelle.

Cette saisonnalité est le premier indice. Une épidémie, une pollution ou un manque de nourriture n'obéissent pas au calendrier avec cette régularité. Une activité humaine saisonnière, si.

Plusieurs hivers depuis 2016 ont dépassé le millier d'animaux recensés sur le littoral français, les plus lourds ayant été enregistrés en 2019 et en 2020. Les hivers 2024 et 2025, marqués par une fermeture d'un mois de la pêche dans le golfe de Gascogne, ont affiché des totaux nettement inférieurs.

Quelles espèces, quels animaux

L'espèce très majoritaire est le dauphin commun, Delphinus delphis. Viennent ensuite, en nombre bien plus faible, le marsouin commun, le dauphin bleu et blanc et, ponctuellement, le grand dauphin. La fiche Les espèces de dauphins présentes en France détaille les critères de distinction.

Le profil des animaux est éloquent : il ne s'agit pas de vieux individus affaiblis, mais d'adultes et de subadultes en bon état corporel, souvent avec des proies fraîches dans l'estomac. Un animal qui vient de manger et qui meurt en quelques minutes ne meurt pas de faim ni de maladie chronique.

Côte vendéenne balayée par une tempête d'ouest en hiver, écume et vagues courtes sur une plage déserte
Les dépressions d'ouest de l'hiver poussent vers la côte française une partie des carcasses dérivant au large. Sans elles, la mortalité resterait invisible.

Ce que montrent les corps

Les correspondants du réseau national d'échouages examinent les animaux selon une grille stable, ce qui permet de comparer les saisons entre elles. Quatre familles de traces reviennent.

Traces relevées sur les carcasses et interprétation retenue
Trace Description Interprétation
Stries de filet Sillons réguliers, rostre et nageoires Contact prolongé avec un engin
Sections nettes Nageoires ou queue coupées Dégagement de l'animal à bord
Ouverture ventrale Incision franche de l'abdomen Geste destiné à faire couler le corps
Signes de noyade Écume respiratoire, poumons congestionnés Asphyxie sous l'eau

Lors des pics hivernaux, la part des animaux examinés portant des traces de capture accidentelle dépasse souvent 80 %, selon les bilans du réseau. C'est ce faisceau, et non une observation directe en mer, qui fonde l'attribution du phénomène aux engins de pêche. Le mécanisme est décrit dans la page Pourquoi le chalut pélagique tue les dauphins.

Pourquoi le compte est incomplet

Un cétacé mort au large ne finit pas nécessairement sur une plage. La carcasse coule d'abord, remonte quand la décomposition produit des gaz, puis dérive selon le vent et le courant. Elle peut s'échouer, être consommée, ou couler définitivement.

Les scientifiques reconstituent ces trajectoires à l'envers, à partir de modèles de dérive alimentés par les données météorologiques et océanographiques réelles de chaque hiver. Ces modèles convergent sur un point : les animaux retrouvés à terre ne représentent qu'une fraction des morts, souvent estimée autour d'un cinquième, avec une incertitude importante selon les années et les régimes de vent.

Échouage
Animal marin retrouvé mort ou vivant sur le rivage. C'est une observation, donc un fait certain.
Mortalité estimée
Nombre total d'animaux morts en mer, reconstitué par modélisation. C'est un calcul, donc une fourchette.
Taux de retour à la côte
Proportion des animaux morts qui finissent par s'échouer. Il varie fortement d'un hiver à l'autre selon les vents dominants.

Les autres causes possibles

Un bilan honnête doit citer ce qui pourrait expliquer autrement une partie des morts.

  • Maladies : les virus qui touchent les cétacés provoquent des mortalités en épisodes, généralement sans saisonnalité stricte, et laissent des lésions bien identifiées. Elles existent, mais n'expliquent pas les pics d'hiver.
  • Contaminants : les polluants organiques persistants s'accumulent dans le gras et fragilisent l'immunité. Ils constituent une pression de fond, pas une cause de mort brutale.
  • Bruit sous-marin et collisions : réels mais marginaux dans ce contexte précis, et sans corrélation avec la période hivernale.
  • Mortalité naturelle : elle existe toute l'année et constitue le niveau de base observé hors saison.

Questions fréquentes

Un hiver avec moins d'échouages est-il un bon signe ?

Pas nécessairement. Un hiver sans dépression d'ouest ramène mécaniquement moins de corps, à mortalité identique. Il faut croiser le comptage avec les conditions de vent avant de conclure.

Pourquoi ne voit-on pas les captures directement ?

Parce qu'elles se produisent en mer, la nuit le plus souvent, hors de tout regard extérieur. La mesure directe suppose des observateurs embarqués ou des caméras, dont le déploiement reste limité.

Le phénomène est-il propre à la France ?

Non. Il concerne l'ensemble du golfe de Gascogne, donc aussi la façade espagnole, et pose la même question sur d'autres zones européennes. La France est simplement le pays qui dispose du réseau d'échouages le plus dense sur cette façade.