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Sauvons les dauphins

Information sur les cétacés des côtes françaises

PE-02Pêche et engins

Captures accidentelles de cétacés : ce que disent les chiffres

Sur ce dossier, tous les chiffres qui circulent sont des estimations, et la plupart des malentendus viennent de là. Cette fiche explique comment on passe de carcasses ramassées sur des plages à une estimation de mortalité en mer, et à partir de quel seuil une population est considérée comme menacée.

Fiche relue le 20/08/2026

Ce que l'on mesure exactement

Capture accidentelle
Capture d'un animal non ciblé par une opération de pêche. C'est le terme technique employé par les textes européens et les avis scientifiques. Aucune pêcherie européenne ne cible les cétacés.
Taux de capture
Nombre d'animaux capturés rapporté à un effort de pêche, par exemple par heure de trait ou par marée. C'est cette grandeur que relèvent les observateurs embarqués.
Mortalité totale estimée
Extrapolation du taux de capture à l'ensemble de la flottille, ou reconstitution à partir des échouages. C'est toujours une fourchette.
Abondance
Effectif estimé de la population concernée, obtenu par campagnes aériennes et navales. Sans elle, aucun seuil de mortalité acceptable ne peut être calculé.

La chaîne de production du chiffre

Deux voies indépendantes conduisent à une estimation, et leur convergence est ce qui donne confiance dans le résultat.

La voie des échouages

On part des animaux retrouvés à la côte, on les examine, on classe ceux qui portent des traces de capture, puis on remonte le trajet de dérive à l'envers avec les vents et courants réellement observés. Le modèle restitue une zone probable de mort et un taux de retour à la côte, dont on déduit le nombre total d'animaux morts en mer.

La voie des observateurs

On embarque des observateurs sur un échantillon de navires, on relève les captures par heure de trait et par métier, puis on extrapole à l'ensemble de la flottille à partir des données d'effort. La difficulté est la couverture : un échantillon faible sur un événement rare produit une estimation très imprécise.

Observateur embarqué notant des relevés sur le pont d'un chalutier, caisses de poissons posées à côté de lui
Les observateurs embarqués constituent la seule mesure directe des captures accidentelles. Leur taux de couverture conditionne la précision de toutes les estimations.

Les seuils de conservation

Savoir qu'un certain nombre d'animaux meurt ne dit pas si la population est en danger. Il faut rapporter cette mortalité à l'effectif. Deux repères sont utilisés en Europe du Nord.

Repères utilisés pour juger d'une mortalité par capture accidentelle
Repère Valeur Signification
Interaction inacceptable 1,7 % de l'effectif Seuil retenu par l'accord ASCOBANS au-delà duquel la mortalité est jugée inacceptable
Objectif intermédiaire 1 % de l'effectif Cible de gestion, plus prudente, visée à moyen terme
Zéro capture Objectif de principe Formulation retenue par les textes européens pour les espèces sensibles

Un seuil exprimé en pourcentage suppose une abondance connue. Les campagnes européennes d'observation en mer estiment la population de dauphins communs de l'Atlantique nord-est à plusieurs centaines de milliers d'individus, avec des intervalles de confiance larges. Un même nombre de morts peut donc être jugé acceptable ou non selon l'estimation d'abondance retenue, ce qui explique une partie des désaccords publics.

Les ordres de grandeur admis

Trois repères, à manier avec les précautions qui les accompagnent.

  • Échouages hivernaux : plusieurs centaines à plus d'un millier d'animaux recensés par saison sur la façade française, selon les hivers. C'est un comptage, donc un plancher.
  • Part échouée : les modèles de dérive situent la proportion d'animaux morts qui atteignent la côte autour d'un cinquième, avec une variabilité forte selon les vents.
  • Mortalité estimée : les évaluations scientifiques européennes situent les captures annuelles de dauphins communs dans le golfe de Gascogne à plusieurs milliers d'individus, un niveau jugé supérieur aux seuils de conservation.

Aucun de ces nombres n'est un décompte exact, et aucun ne doit être cité sans sa méthode. C'est précisément pour cela que la page Sources et références renvoie aux avis d'origine.

Où se logent les incertitudes

  1. La couverture d'observation. Peu de navires observés, peu d'événements vus, large intervalle de confiance.
  2. Le taux de retour à la côte. Il dépend du vent, de la température de l'eau et de la flottabilité des carcasses.
  3. L'abondance de référence. Les campagnes sont espacées de plusieurs années et couvrent des zones qui ne coïncident pas exactement avec la population concernée.
  4. L'attribution par métier. Distinguer ce qui revient au chalut pélagique, au chalut de fond ou aux filets fixes suppose des données fines de position et d'effort.

Reconnaître ces incertitudes n'affaiblit pas le constat : quelle que soit la combinaison d'hypothèses retenue, les estimations restent au-dessus des seuils de conservation. C'est ce qui a justifié les mesures décrites dans la fiche Réduire les captures accidentelles.

Questions fréquentes

Pourquoi les chiffres varient-ils autant d'une publication à l'autre ?

Parce qu'ils ne mesurent pas la même chose : un comptage d'échouages, une extrapolation d'observateurs et une mortalité modélisée donnent trois nombres différents, tous exacts dans leur registre.

Les pêcheurs déclarent-ils leurs captures accidentelles ?

La déclaration des captures accidentelles d'espèces protégées est une obligation, mais une déclaration reste un acte volontaire. C'est pourquoi les dispositifs de contrôle à bord occupent une place croissante dans le débat.

Un seuil de 1,7 % est-il beaucoup ?

Pour une espèce à reproduction lente, qui met plusieurs années à atteindre la maturité et donne un petit à la fois, une mortalité additionnelle de cet ordre suffit à faire décliner une population sur le long terme.