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Sauvons les dauphins

Information sur les cétacés des côtes françaises

PE-01Pêche et engins

Chalut pélagique : définition et réglementation

Un filet remorqué en forme d'entonnoir qui travaille entre deux eaux, sans toucher le fond. Il peut être tiré par un seul navire ou par deux, et sa très grande ouverture explique à la fois son efficacité et le risque qu'il fait courir aux cétacés.

Fiche relue le 20/08/2026

Définition

Chalut pélagique
Filet remorqué de forme conique, maintenu ouvert dans la colonne d'eau et sans contact avec le fond marin, destiné aux espèces qui vivent entre deux eaux. Le terme pélagique désigne la pleine eau, par opposition au domaine benthique, celui du fond.
Chalut pélagique en bœufs
Variante remorquée par deux navires jumeaux : l'écartement entre les deux coques ouvre le filet horizontalement, ce qui permet une ouverture bien plus large qu'avec des panneaux. On parle aussi de chalutage en paire.
Chalut de fond
Engin distinct, dont le bourrelet racle ou frôle le sédiment pour capturer les espèces de fond. Il ne se confond pas avec le chalut pélagique, ni dans sa forme, ni dans ses cibles, ni dans ses effets.

Comment il fonctionne

Le principe est celui d'un entonnoir remorqué. À l'avant, une ouverture de plusieurs dizaines de mètres de côté guide le poisson. Les mailles y sont immenses, parfois de plusieurs mètres, car elles ne servent pas à retenir mais à canaliser : un poisson qui longe un filament change de trajectoire plutôt que de le franchir. Vers l'arrière, les mailles se resserrent progressivement jusqu'à la poche, où la capture se concentre.

L'ouverture verticale est tenue par des flotteurs en haut et des lests en bas. L'ouverture horizontale est obtenue soit par des panneaux divergents remorqués de part et d'autre, soit, dans la version en bœufs, par la distance entre les deux navires. La vitesse de traction reste modérée, de quelques nœuds : il s'agit de suivre le banc, pas de le rattraper.

Un sondeur et des capteurs placés sur l'engin permettent de régler la profondeur en cours de trait, afin de coller au banc détecté. C'est cette capacité à travailler à la profondeur exacte du poisson qui rend l'engin redoutablement efficace, et qui l'amène à opérer précisément là où chassent les prédateurs.

Chalut pélagique remonté le long du portique arrière d'un chalutier, poche du filet gonflée de poissons argentés
La poche du chalut, où la capture se concentre. À l'avant de l'engin, les mailles sont assez larges pour laisser passer un animal de deux mètres.

Ce qu'il vise

Dans le golfe de Gascogne et en mer Celtique, les traits pélagiques ciblent principalement des espèces grégaires de pleine eau.

  • Petits pélagiques : anchois, sardine, chinchard, sprat, maquereau.
  • Espèces de plus grande taille : merlan bleu, merlu, et surtout le bar en hiver, quand il se rassemble pour frayer.
  • Thonidés : le germon, pêché au chalut pélagique en bœufs depuis la disparition des filets dérivants au début des années 2000.

Ce dernier point est déterminant pour comprendre le dossier : l'interdiction d'un engin très destructeur a provoqué un report vers un autre engin, lui aussi problématique pour les cétacés. La fiche Filets dérivants : l'interdiction européenne revient sur cette bascule.

Comparaison des principaux engins

Le tableau ci-dessous situe le chalut pélagique parmi les autres engins pratiqués sur la façade atlantique. Il se lit de gauche à droite et défile horizontalement sur écran étroit.

Quatre engins comparés sur les critères qui comptent pour les cétacés
Engin Position dans l'eau Mobilité Cibles courantes Risque cétacés
Chalut pélagique Entre deux eaux Remorqué Anchois, bar, germon Élevé
Chalut de fond Au contact du fond Remorqué Merlu, langoustine Modéré
Filet maillant fixe Calé, vertical Immobile Sole, baudroie Modéré
Ligne et palangre Variable Dérivante Bar, thon Faible

Ce que dit la réglementation

Le chalut pélagique est un engin légal, encadré par plusieurs niveaux de règles.

Le cadre européen des mesures techniques

Le règlement (UE) 2019/1241 du 20/06/2019 refond l'ensemble des mesures techniques applicables aux pêcheries européennes : maillages minimaux, zones interdites, engins prohibés. Il impose également de réduire au minimum, et si possible d'éliminer, les captures d'espèces sensibles, cétacés compris. C'est ce texte qui a repris et généralisé l'interdiction des filets dérivants pour les grandes espèces migratrices.

Les mesures propres aux cétacés

Le règlement (CE) 812/2004 du 26/04/2004 avait introduit deux obligations : l'équipement de certains filets en dispositifs acoustiques de dissuasion, et l'embarquement d'observateurs sur des catégories de navires définies, afin de mesurer les captures accidentelles. Ses dispositions ont été intégrées au cadre de 2019.

Les fermetures nationales

Depuis 2024, la partie française du golfe de Gascogne est fermée un mois par hiver, du 22/01 au 20/02, aux navires d'au moins huit mètres utilisant les engins les plus impliqués dans les captures, dont le chalut pélagique. Le détail de la mesure et sa chronologie figurent sur la page Échouages : où en est le dossier.

Questions fréquentes

Le chalut pélagique touche-t-il le fond ?

Non, par définition. C'est ce qui le distingue du chalut de fond et ce qui explique qu'il ne dégrade pas les habitats benthiques. Son problème n'est pas le sédiment, c'est la pleine eau, là où circulent les cétacés.

Pourquoi deux bateaux plutôt qu'un ?

Parce que la traction à deux permet d'ouvrir le filet bien plus largement sans recourir à des panneaux, donc de balayer un volume d'eau supérieur à vitesse égale. Le gain d'efficacité est aussi un gain de surface de rencontre avec les animaux qui suivent le même banc.

Un maillage plus grand protégerait-il les dauphins ?

Non. Les mailles avant sont déjà largement assez grandes pour laisser passer un dauphin : le problème n'est pas qu'il reste maillé, mais qu'il entre dans l'engin et n'en ressort pas. Les pistes étudiées portent sur des dispositifs d'échappement et sur la dissuasion, décrits dans la fiche Réduire les captures accidentelles.